Sans titre (4)

Je sens encore son regard rivé sur mon dos. Chaque matin elle me regarde partir dans la foule. Si je me retourne, elle fuira mon regard, c’est comme ça chaque fois. Elle évite de me regarder, elle baisse les yeux, elle se détourne, elle s’éloigne… Elle semble avoir peur de moi… Est-ce qu’elle sait ? A-t-elle deviné ce que j’ai fait ? Je parie qu’elle a découvert ce que je cache en moi et qu’elle en est dégoûtée. C’est toujours comme ça quand les gens sachent, ils ne savent comment réagir, ils ne savent quoi dire, quoi faire, ils ont peu de respect, ils sont insultés même parfois.

 Je croyais que cette fille comprendrait. Elle semblait avoir ce quelque chose qui m’a amené à croire que je pourrais lui partager mes secrets, mais je me suis trompé. Ce qu’elle aime c’est me regarder à distance pour pouvoir me juger, me mettre dans une catégorie…

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Sans titre (3)

 S’il savait combien je la sens vide cette âme qu’il sonde avec autant d’attention. Je me sens absente, absente de ce monde.

Je ressens bien encore la température, le mal, les sensations physiques qui occupent mon corps mais mes émotions sont aussi gelés que le mercure.

 Je me suis débattu, j’ai lutté contre l’incompréhension mais j’ai cédé. À quoi bon ? Je voudrais fondre sous son regard embrasé mais je détourne le regard.

 Où va-t-il chaque matin ?

 Tous les matins, depuis maintenant 173 jours, on se retrouve sur cet arrêt, on monte dans un engin qui nous mène dans la même direction. Chaque matin, il descend au coin des mêmes rues : Ontario et Berri.

 J’attends qu’il se retourne et je le suit des yeux, jusqu’à ce qu’il devienne invisible dans la masse de gens pressés qui occupe la rue.

  Je ne veux pas qu’il me devine, je ne veux pas qu’il tente de me percer à jour, mais je veux tout savoir sur lui. Pourquoi ces rues ? Pourquoi à cet heure ? Pourquoi ce gros sac à dos ? Pourquoi cette tristesse dans son regard?

Peut-être qu’un jour… Peut-être demain…

Sans titre (2)

 J’attends l’autobus sur le coin d’une rue beaucoup trop passante. Le froid court sur ma peau, s’infiltre dans mes cheveux, glace mes doigts et mes orteils. Pourtant le mois avait si bien commencé avec sa douce brise allégeant la mauvaise humeur hivernale.

J’entends la musique qui provient des écouteurs de mon voisin d’attente. Un air que je connais, joyeux et entrainant. J’ai envie de fredonner cet air connu mais son regard me gêne.

Son regard, il le pose sur moi depuis plusieurs semaines. Un regard doux et pénétrant qui cherche mes yeux. Un regard triste aussi, terriblement triste.

Chaque fois, je ne peux m’empêcher de détourner le regard. Je le sens sonder mon âme pour tenter de trouver en moi une force qui lui permettrait de déverser sa tristesse.

Et moi, je détourne le regard. Si seulement il savait…

Sans titre (1)

On est dans le train depuis plusieurs heures maintenant. Le paysage défile sous mes yeux à une vitesse impressionnante. Je vois des arbres, des lacs, des montagnes, encore des arbres, parfois des gens, des maisons, beaucoup de maisons.

Je ressens une certaine nostalgie devant ce paysage mais je n’arrive pas à trouver ce qui déclenche ce sentiment en moi. C’est pourtant la première fois que je prends le train. J’avais trop hâte d’être à destination. Le train c’est rapide, enfin, je crois. J’ai l’impression qu’on avance depuis des heures sans jamais se rapprocher du but de notre déplacement.

J’ai hâte de descendre sur le quai, de récupérer mes bagages, de me mêler à la foule, de respirer cette odeur particulière de retrouvaille. Parfois, je prends l’autobus sur de longue distance simplement pour respirer cette odeur. Mais je n’aime pas l’odeur des adieux, larmes, tristesse, larmoiement déchirant, désespoir…

 Sur mon quai, l’espoir m’attendra. Entre les maisons, les rues surpeuplés, les divers commerces et restaurants, l’espoir m’attend.

Sur ce quai, personne ne m’accueillera, mais j’attendrai. Entre les maisons, les rues surpeuplés, les divers commerces et restaurants, je fouillerai. Et je trouverai cette parcelle de vie qui m’a désertée depuis trop longtemps déjà.